La harpe celtique : histoires & légendes

Après un long temps d’hésitation, j’ai décidé de vous parler de cet instrument magique qu’est la harpe. Cet instrument que l’on connait tous, aux notes si douces et oniriques, qui ponctue de nombreuses histoires et légendes de tout pays. De mon côté, j’ai commencé à apprendre la harpe celtique il y a bientôt un an. J’ai longtemps voulu apprendre à jouer d’un instrument, mais je n’ai jamais trouvé chaussure à mon pied, d’autant plus que la case obligatoire des cours de solfèges me refroidissait pas mal. Ce n’est qu’une fois que j’ai emménagé en Bretagne que cela m’a paru une évidence et je suis totalement tombée sous le charme de la harpe. À l’origine, la harpe s’enseigne par tradition orale, et même si les bases de solfège sont à connaitre, on peut aisément apprendre à jouer à l’oreille. J’ai lu quelque part que l’on « ne choisie pas de jouer de la harpe, c’est la harpe qui vous choisit », et c’est exactement ce que j’ai ressenti.

La harpe est un des instruments les plus anciens au monde, vieux de plusieurs millénaires. On suppose que sa création est liée à celle de l’arc, dont la forme est très proche et dont la corde tendue émet un son évocateur. La harpe est un instrument reconnu universellement : elle est présente sur tous les continents et toutes les classes sociales s’expriment à travers son art.

Si l’on attribue directement la harpe au monde celte, et en particulier à l’Irlande dont c’est l’emblème, les origines de la harpe proviennent tout droit de l’Égypte ancienne, où l’on retrouve les plus vieilles traces de cet instrument magique. Chez le peuple celtique, la harpe possède des vertus non seulement thérapeutiques mais aussi sacrées : elle apporte bien-être, guérison et envol spirituel. On la retrouve sous le nom de Telenn en Bretagne, ou Clàirseach chez nos amis irlandais.

Instrument sacré

Dans l’imaginaire général, on associe souvent la harpe à la femme, instinctivement. Délicate, douce, sensuelle. Mais en réalité, dans le monde celte, et plus particulièrement en Irlande, la harpe était considérée comme un instrument de musique masculin. Il se disait même que tout homme qui se respecte se devait de posséder une femme vertueuse, un bon coussin pour sa chaise et une harpe bien accordée. De même, il était impossible pour un huissier de l’époque de saisir à un homme ses livres, son épée ou sa harpe. Cela parait amusant, mais cela révèle bien le statut sacré, primordial, vital de cet instrument, au même niveau que la connaissance et la possibilité de se défendre.

En Irlande, la harpe et les harpistes étaient portés en si haute estime, que les anglais furent obligés de détruire ce symbole, sur proclamation de la reine Elisabeth « pendez tous les harpistes, où qu’ils soient ». De même, Cromwell fit brûler les harpes, instruments de musique devenus symbole de l’Irlande.

Instrument des dieux, des rois, des héros

Tout le monde a eu vent des exploits du célèbre David, de l’Ancien Testament, affrontant le terrible Goliath. Mais figurez-vous que David était également très apprécié du roi Saül pour ses talents de harpiste. En effet, il jouait de la harpe avec un tel talent que seule sa musique et ses chants parvenaient à apaiser les angoisses du roi. « David venait alors, et faisait monter de sa harpe des sons mélodieux et doux qui apaisaient le cœur du roi. Les sombres pensées qui hantaient Saül s’évanouissaient. L’agitation l’abandonnait. »

Au travers de la Bible, la musique est perçue comme un élément du divin, qui permet l’élévation de l’esprit et accroit la réceptivité spirituelle. D’après la Bible, il y a de la musique et des chants dans les cieux mêmes, où les créatures célestes jouent de la harpe et chantent des louanges autour du trône de Jéhovah. Après tout, qui n’a jamais remarqué ces petits angelots qui ornent les murs des églises et oeuvres bibliques, accompagnés de leur harpe ?

On retrouve également la harpe dans les mains d’un autre personnage, celles de Tristan. Vous connaissez sans doute la triste et belle histoire de Tristan et Yseult. Lors de ses aventures, les dons de Tristan pour la harpe lui permettent de rencontrer la fameuse Yseult, et accessoirement, de lui apporter la guérison. Car c’est en échange de leçon de musique que la mère d’Yseult, guérisseuse et détentrice des secrets des plantes médicinales, apporte la médecine nécessaire à Tristan, alors blessé.

Je ne peux décemment pas écrire un article au sujet de la harpe celtique sans évoquer le roi Brian Boru et sa célèbre harpe. C’était un roi d’Irlande très apprécié de son peuple, qui régna durant le XIème siècle. Il se bâtit notamment pour l’unification de l’Irlande et pour repoussa les divers envahisseurs scandinaves. À sa mort, des suites d’une bataille, on lui compose une marche funèbre, qui n’a d’ailleurs funèbre que le nom : la marche de Brian Boru. Cette fameuse marche est désormais une des plus anciennes mélodies traditionnelles irlandaises. Pour ma part, j’adore cette mélodie et je n’ai pas tardé à l’apprendre à mon tour à la harpe… « Mort Brian Boru, ver l’an mil en Irlande, brillent encore cheveux roux, harpe d’or dans la lande, l’etendard et l’épée debouts plantés en terre et la paix revenue en Ulste ». Petite anecdote, si vous écoutez cette fameuse marche, écoutez avec attention le rythme, on raconte que l’impression « claudicante » de la mélodie est un clin d’oeil à Brian Boru, qui boitait. Ce personnage ainsi que sa harpe sont devenus un symbole de l’Irlande de nos jours. En effet, c’est la fameuse harpe de Brian Boru que vous pouvez voir sur les pièces de monnaie ou bien sur le logo des bières Guinness.

Bien entendu, on retrouve également la harpe comme attribut de nombreux dieux du panthéon celtique, tels que Dagda ou bien Lug, mais aussi comme un élément indissociable des druides et des bardes.

Instrument de la tradition celtique & oghamique

« La perfection musicale est du ressort de l’Autre Monde, que seule la harpe peut atteindre »

Le Dagda est le dieu principal du panthéon celte, plus précisément des Tuatha De Danann (grande « famille » de dieux). Il est décrit comme un dieu druide colossal, maitre des sciences, du sacré, du temps, de la magie guerrière, des éléments et de l’Autre Monde. Il possède quatre attributs qui lui sont propres : le chaudron d’abondance, la roue cosmique, la massue qui apporte la vie et la mort, et la harpe. La harpe magique du Dagda se nomme « Daur da Bláo », le chêne à deux floraisons et recèle de pouvoirs. Elle sait jouer toutes les mélodies et est capable de les jouer seule, sur commande de son maitre. La harpe du Dagda sait jouer les trois airs sacrés : la tristesse, la joie, le sommeil. Bien que cela ne soit pas évident au premier abord, pour les celtes la harpe joue également un rôle important en temps de guerre. Ainsi, le récit de la seconde bataille de Mag Tured nous apprend que : « la harpe est volée par les Fomoires (ennemis des Tuatha De Danann), le Dagda se met à sa recherche, accompagné de Lug et Ogma (dieux celtes primordiaux également). Ils la retrouvent accrochée au mur d’une résidence des ennemis, à l’appel du dieu, la harpe s’envole et tue neuf Fomoires. Alors elle joue l’air des lamentations et les femmes se mettent à pleurer, puis elle joue l’air du sourire et les garçons se mettent à rire ; enfin elle joue l’air du sommeil et l’armée ennemie s’endort. ». Le nom de Uaithne, signifiant « harmonie », revient souvent dans les écrits relatant les pouvoirs de la harpe du Dagda, tantôt ce nom est attribué à sa harpe, tantôt au harpiste du Dagda.

Lug, dieu de la lumière, du soleil et des arts possède également une harpe, symbole de sa souveraineté sur les arts musicaux. De même que Dagda, il se sert des trois airs de sa harpe à des fins stratégiques. Mais les dieux ne sont pas immunisés pour autant contre le pouvoir magique de la harpe. Craiftine, le harpiste des divinités des Tuatha De Danann, n’hésite pas à utiliser sa harpe magique sur le dieu Lug « On apporta ensuite à Craiftine sa harpe ; il dévoila les neufs cordes et le sage joua jusqu’à ce que le guerrier fût reposé, calme, endormi ».

Outre l’image du druide avec sa harpe sous le bras qui nous vient à l’esprit naturellement, il y a plusieurs indices qui laissent penser que cet instrument était partie intégrante de la pratique des druides, ovates, bardes. En effet, plusieurs recherches tendent à démontrer une corrélation entre l’alphabet oghamique et les notes de musique que l’on retrouve sur une harpe. Chaque corde correspondant à un ogham, les druides se seraient servis de ce système codé pour échanger en toute discrétion, chaque mélodie signifiant une phrase. De plus, on constate que deux oghams de l’alphabet possèdent un lien fort avec la harpe. Tout d’abord Saille, le saule. Il existe un lien très intime entre cet arbre et la harpe. Celui-ci symbolise l’eau, la lune, la femme, la féminité, l’onirisme, la magie des sons. De plus, le saule est connu pour soulager la douleur, tout comme la harpe. On raconte également que c’est Craiftine, le harpiste des Tuatha De Danann, qui a inventé cet instrument magique, à partir de bois de saule, en s’inspirant de son essence. D’autre part, Ur, la bruyère, est un ogham qui évoque des énergies en lien avec la guérison, les plantes médicinales mais aussi les vibrations et la musique de l’Autre Monde. Ur renvoie alors directement aux vertus thérapeutiques pour le corps et l’âme de la harpe et de l’harmonie qu’elle créée.

Si la harpe a une place primordiale dans les croyances celtiques, on la retrouve également dans la culture nordique. En effet, les héros des Eddas (recueils poétiques relatant les faits de la mythologie nordique) demandent à être brulés avec leur harpe à leur côté lors de leur bucher funèbre. De cette façon, la harpe les mènera vers l’Autre Monde. On constate bien ici que peu importe la mythologie en cause, la harpe est universellement perçue comme un instrument faisant le lien entre les mondes. La harpe apparait même, le temps de quelques vers, dans le célèbre poème « Völuspà ». Ce poème est le récit des prédictions, des visions d’une völva (voyante dans la culture nordique). Elle prophétise et raconte la Ragnarök, autrement dit, la fin du monde : « Assis là sur un tertre, en jouant de la harpe, le gardien de la sorcière, le joyeux Eggthér, chantait auprès de lui, sur le bois de la potence, un coq vermeil, qui s’appelait Fjalarr. ».

Retracer depuis votre site internet.

Vous pourriez aussi aimer

Commentaires

  • Maxime

    Écrit sur 29 novembre 2018

    Répondre

    Article très intéressant, j’ai toujours été fasciné par la harpe et j’aimerai apprendre à en jouer.

Laisser un commentaire

Close
%d blogueurs aiment cette page :